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Test : Earsonics EM6, le flagship du français ?

30 avril 2012 / par
APERÇU DU TEST
7 Qualite de fabrication
9 Performance sonore
7 Rapport Qualite / Prix
8

Du haut de gamme à voir selon les gouts

Comme toujours, la signature velouté d'earsonics pourra déplaire, ... ou vous faire tomber amoureux

Tupper Lecteurs, bonjour. Nous avons le plaisir de vous proposer un test des EM6 que nous avons réalisé en commun Olivier et moi-même et, croyez-le bien, sans bouder notre plaisir une seule seconde !

Sortis en catimini du grand public selon la volonté du constructeur, les Earsonics EM6 ont commencés à apparaître en début d’année, destinés avant-tout à une cible professionnelle, ce même « grand public », lui, se voyait plutôt orienté vers les EM4 sortis peu avant.

En synthèse, Earsonics reconnaissait avoir construit un écouteur capable d’encaisser de forts niveaux de puissance pour les professionnels avec l’EM6, et avoir privilégié une approche davantage « Hifi » pour l’EM4. Mais entre la théorie et la pratique, il y parfois un monde.

Nous ne le cacherons pas, ni Olivier ni moi-même  n’avons étés réellement convaincus au final par notre expérience avec l’Earsonics EM4. Il n’est certes pas exempt de qualités, comme sa résolution assez phénoménale, mais nous lui reprochions plusieurs choses :

  • un manque relatif de dynamisme et « d’entrain ».
  • une approche trop distanciée par rapport au son, un peu à la manière d’un casque ouvert trop « précautionneux ».
  • des timbres trop peu corpulents et pas assez « remplis » de matière.
  • et une signature qui ne nous transportait pas spécialement, avec des médiums et haut médiums sans emphase (ce dernier point est éminemment subjectif).

C’est pourquoi nous avons tenté l’upgrade vers les EM6, gentiment réalisé par Earsonics moyennant un complément financier. Et force est de constater que nous n’avons pas été déçus du résultat !

Illustration de cet état de fait avec ce test de l’EM6, un écouteur au grand cœur, et pas moins de 6 drivers.

Dans les entrailles du monstre…

Earsonics, toujours avare en détails sur les spécificités de son dernier né, nous concède laconiquement les informations techniques suivantes (disponibles sur leur site) :

  • Sensibilité: 124 dB/mW
  • Réponse en fréquences: 10 Hz -20 kHz
  • Impédance: 60 ohms
  • Driver: 6 transducteurs avec filtre passif 3 voies
  • Prix : 940€ (avec câble »y » remplaçable, lingettes, outil de nettoyage,et mallette de transport.)

Que retenir de ces quelques chiffres ?

En premier lieu, c’est un doublement de l’impédance par rapport à la génération précédente. Ainsi les EM2 et EM3 affichaient respectivement une petite trentaine d’ohm au compteur. Les EM6 (tout comme les EM4 par ailleurs) devraient être légèrement moins sensibles au bruit que leurs frères aînés. La théorie tendrait également à nous faire penser qu’ils soient légèrement plus difficiles à driver que leurs prédécesseurs, même si la sensibilité de 124dB/mW annonce clairement qu’ils le seront à peu près correctement par tous les baladeurs. Cela étant, nous avons pu constaté combien la qualité de la source pouvait influencer le résultat final. Ainsi, les baladeurs usuels du marché sont tout à fait capable de piloter les EM6, mais le gain en soundstage ou en finesse dans les timbres d’un équipement plus soigné sera immédiatement perceptible, bien plus qu’avec d’autres casques, et c’est un point à ne pas négliger.

Côté réponse en fréquence, on notera des fréquences basses (infrabasses) démarrant très bas en théorie toujours, qui pourraient donner un rendu assez intéressant (sensation de profondeur) aux textures de bas de spectre. En haut, avec un plafond à 20 kHz (précédemment à 18 kHz sur la série EMx Pro), on ne devrait avoir aucun problème à ouvrir les aigus avec des harmoniques disposant d’un joli terrain de jeu. Rappelons à ce sujet que la marque a fait du travail des harmoniques paires le fer de lance de sa R&D depuis quelques années, pour lui donner cette extension remarquable tout en finesse.

Coté fabrication, 6 drivers permettent à l’EM6 de doubler chaque voie (3 voies donc pour cet intra), et lui permettent d’encaisser plus de puissance. Il trouve donc naturellement son intérêt pour les professionnels du son, qui n’auront pas à hésiter à le brancher derrière des consoles à fort niveau de sortie. Les musiciens bénéficieront également du rendu beaucoup plus dynamique proposé par l’EM6 et d’un headroom travaillé tout spécialement.

Enfin côté prix, l’addition fait mal. Avec quasiment 940€ au compteur, auxquels s’ajouteront les frais de port, ES assume le prix de l’EM6 qui le place, par exemple, respectivement :

  • plus cher que les JH16 PRO (8 drivers, 3 voies) > 1150$.
  • plus cher que les Unique Melody Miracle (6 drivers, 3 voies) > 949$.

mais

  • moins cher que les Spiral Ears SE5 (5 drivers, 5 voies) > 999€.

 

Faites entrer les dresseurs !

Face à l’EM6, Olivier et moi-même ne sortons pas sans biscuit…

Olivier le Destructeur (Level 38)

  • Arme Main gauche : Colorfly C4, Colorfly CK4, Ipod Classic 160Go + Ampli Earsonics 911, Dac100 Atoll
  • Arme Main droite : Hache barbelée de sagesse du faucon buveur de sang
  • Équipement précédent chez Earsonics : SM3, EM2 PRO, EM4

Tonio l’Éclair Tonitruant (Level 30)

  • Arme Main gauche : Studio-V, Colorfly CK4
  • Arme Main droite : Épée bâtarde rougeoyante du pingouin albinos
  • Équipement précédent chez Earsonics : SM2, SM3, EM2 PRO, EM4

Les tests pour la réalisation de cet article se sont déroulés depuis début avril jusqu’à aujourd’hui. Les formats des fichiers utilisés sont en FLAC et WAV.

Les titres retenus pour les écoutes comparatives sont bien connus et appréciés des deux testeurs :

Titre testés par Antoine :

  • Walking On The Moon (The Yuri Honing Trio)
  • The Roundhouse Tapes : Opeth Live – Demon of the fall
  • Rage Against The Machine – Killing in the name of
  • Yaron Herman : Lamidbar

Titre testés par Olivier :

  • Rodrigo y Gabriela (feat. C.U.B.A) : Santo Domingo (Area 52)
  •  Anne Gastinel - Prélude de la 3ème suite de Bach
  • Cesaria Evora – Vaquinha mansa
  • Vivaldi – Sonates pour violoncelle et basse continue (Geminiani)
  • Jheena Lodwick – Perhaps Love (Best Audiophile Voices – I)

Début des hostilités !

*** Walking On The Moon (The Yuri Honing Trio) ***

On ne présente plus le DALI CD, présent dans nombres d’auditorium. Véritable collection d’enregistrements d’exceptions tant par la qualité folle des auteurs/interprètes retenus, que par la maestria hors norme des prises de son. On trouvera, en quatrième position de cette galette, une reprise du célèbre titre de Police, par le trio Yuri Honing (saxophone, batterie et contrebasse). Une petite pépite au format « frappe nucléaire chirurgicale ».

D’entrée de jeu, c’est la très belle tension des peaux de la batterie qui vient poser le décor. C’est extrêmement tendu, très sec (l’impact des toms et de la caisse claire notamment), et surtout terriblement « palpable ». C’est l’apanage des grands casques que de parvenir à recréer cette sensation de « consistance » des timbres, et force est de constater qu’à ce jeu là, l’EM6 frappe fort. Très fort. On est devant des corps de timbre plantureux, pleins, et organiques. Oubliés le recul des EM4 et leur corps un peu creux ! Le grand frère à six drivers catapulte l’auditeur au milieu de la scène sonore, avant de lui asséner un implacable atemi au plexus solaire. Pour terminer avec cette batterie, comment ne pas remarquer l’espace offert aux cymbales dont les rares utilisations font résonner et scintiller un volume d’espace impressionnant.

Les pizzicati de la contrebasses viennent compléter le tableau avec élégance, délicatesse et retenue. C’est tout en finesse, et cela est d’autant plus agréable que le contraste avec la batterie est solidement marqué. L’EM6 parvient à distiller un dynamisme et un contraste hors du commun et à nous proposer un relief varié à l’amplitude exacerbée.

Le plat de résistance vient cependant avec le saxophone qui se fera l’interprète de la mélodie principale. Débonnaire et groovy, il est restitué de manière fidèle (sans emphase spécifique), ni trop métallique ni trop arrondi. On remarquera la belle petite reverb naturelle qui vient donner une indication assez précise du volume de la pièce d’enregistrement. Remarquons une nouvelle fois la très belle épaisseur des timbres. On est très loin des performances offertes par des écouteurs universels sur cet aspect en particulier.

Ce titre permet à l’EM6 de nous dévoiler son tempérament. Un cogneur à la dynamique impressionnante, capable de développer des textures d’un très solide niveau de résolution tout le long du spectre. C’est impressionnant, et un solide cran au dessus de la performance qu’offraient mes EM4.

***  The Roundhouse Tapes: Opeth Live – Demon of the fall ***

Un des titres les plus heavy des Suèdois dont le death mélodique a été unanimement reconnu depuis la fin des années 90. En plus d’adorer ce titre, dont cette reprise mérite le détour, j’ai choisi « Demon of the fall » pour tester la capacité de l’EM6 à massacrer (ou non) des enregistrements très approximatifs. En toute honnêteté je m’attendais au pire au regard de la finesse qu’avait su développé l’écouteur sur le titre de jazz précédent.

Pour autant, les EM6 devaient me prouver le contraire en faisait montre d’une relative pitié pour ce titre en plusieurs points.

Tout d’abord, les médiums typiques de chez Earsonics, très légèrement chaleureux et à l’attaque si particulière. Consistant en un savant mélange de velouté et de musicalité allié à une rapidité exemplaire, ces mediums se montrent relativement forgiving avec les textures des guitares saturées déployées par M. Akerfeld et F.Åkesson. Compte tenu des conditions d’enregistrement, j’anticipais un rendu « abeille » et « chimique » du grain de saturation, mais il n’en est rien. On note aussi un beau détourage des parties de guitare durant le riff qui confèrent à ce titre un génie implacable.

Côté voix, rien à redire non plus. C’est bien détouré du reste du message (pourtant extrêmement touffu) et les styles death growlés et chant clair sont restituées avec fidélité. On remarquera le beau grain au passage d’Akerfeld dont le death guttural reste un modèle du genre.

Côté basse et batterie également, pas de reproche majeur, pas trop d’effet « loudness » à relever, les EM6 s’en tirent grâce à deux atouts : une rapidité (jamais vue dans la gamme jusque là) exemplaire, et surtout une extension abyssale. C’est à la fois profond et rapide. Il faut remarquer à cette occasion le travail bluffant réalisé sur le bas de spectre par Earsonics. C’est ce qu’il m’a été donné d’écouter de plus convaincant à l’heure actuelle sur des technologies de type « intra ».

Terminons l’analyse de ce titre live avec un passage en revue de la scène sonore recréée. C’est ici volontairement « in the face », terriblement impliquant, et notoirement jouissif. On est sur scène, quelque part entre le batteur et le chanteur, solidement encadrés par les guitares et le bassiste. L’EM6 a un tempérament de feu, et il n’est pas étonnant de voir le succès rencontré par ce produit sur scène par les professionnels.

*** Rage Against The Machine – killing in the name of ***

Je ne ferai pas l’insulte de présenter le titre métal le plus emblématique des années 90. Alors oui, on pourra pinailler et me dire que c’est davantage un cocktail maison de métal, de rap, saupoudré d’influences funk et punk. Quoiqu’il en soit, c’est un monument musical à l’énergie viscérale et au groove emblématique. Énergie d’autant mieux restituée qu’il s’agit ici dans ma FLAC-o-Thèque d’un Vynil ryp 24/96 au dynamisme redoutable.

Entrée en matière d’anthologie avec Tim Commerford à la basse et son octave augmentée dérangeante toute en triolet. Premier constat également … la texture restituée est somptueuse. L’attaque à la pulpe des doigts est bien arrondie et l’impact abyssal du Ré downtuné de la 4 cordes se pose « là ». Le Re# de l’octave supérieure prend lui naturellement une consonance plus métallique en 6ème frette, et un léger frisage se fait même entendre. L’EM6 dissèque littéralement les basses fréquences avec une rigueur et une générosité hors norme.

Quelques coups de cloches plus tard (très bien spatialisées sur la droite en hauteur de l’auditeur), Tom Morello lâche les watts à la 6 cordes dans un riff d’une inspiration démoniaque que nous connaissons tous. Parfaitement détourée et d’un réalisme certain, sa guitare peut compter sur une solide assise dans les bas médiums qui vient lui donner un timbre organique et impactant. Les mediums sont traités avec beaucoup de présence et une relative clarté, sans sibilance. On appréciera au passage la rapidité et le détourage des scratch de guitare qui accentuent ce coté funky et chaloupé.

Zak de La Rocha, enfin, entre en scène, et son flow rapé finit de compléter la recette impitoyable de ce cocktail molotov musical. La séparation des différentes composantes du message est parfaite, et la lisibilité sur le chant n’en est que meilleure pour notre plus grand bonheur. La haine des vocaux de Zak est rendue avec une rage et une détermination sans faille, jusqu’à l’explosion du refrain final et son légendaire « Fuck you, I won’t do what you tell me ! ».

Une oeuvre remarquable par la grande classe de sa composition, le dynamisme et la précision de son exécution, et l’énergie brute de ses lyrics. L’EM6 rend un vibrant hommage à cet hymne de révolte contre les dérives du  système capitaliste, et je n’ai simplement rien à lui reprocher. Il fut le parfait médium entre l’intention créative du groupe, son exécution unique, et l’émotion brutale générée chez l’auditeur.

Chapeau bas, c’est encore une fois ce qu’il m’a été donné d’entendre de plus abouti en intra (d’assez loin).

*** Yaron Herman : Lamidbar ***

Sans transition, c’est bien Yaron Herman qui s’invite sur le plateau, dans un tout autre style, mais certainement avec autant de talent. Pour ceux qui n’ont pas le plaisir de connaitre ce pianiste israélien converti à l’instrument tardivement, disons simplement qu’il allie l’influence des plus grands jazzmen (Keith Jarrett, Brad Mehldau ou encore Lennie Tristano) à une inspiration qu’il puise dans la musique contemporaine (reprises de Police, Britney Spears, Leonard Cohen). Enfin il n’hésite pas à y rajouter sa patte bien personnelle aux accents orientaux. Le titre « Lamidbar » rentre dans cette dernière catégorie. Il est par ailleurs à découvrir sans aucune excuse ici.

Ce morceau peut déjà se targuer de proposer l’introduction au piano propulsant la plus grande quantité de homards ventriloques jamais mesurée depuis les championnats de la discipline à Francfort en 1921. En conséquence directe, j’ai pu mesurer jusqu’à 200 ppm de kiff dans mon salon lors de l’écoute, soit 10x plus que la limite à partir de laquelle un être humain peut sombrer dans la démence.

Avec une formation assez classique de trio (piano – contrebasse – batterie) soutenue par un solide niveau d’enregistrement et de production, « Lamidbar » me permettra de tester la qualité des EM6 à faire ressortir les différentes lignes mélodiques du piano assez finement enchevêtrées, tout en gardant la capacité à soigner la finesse des extrêmes (jeux de cymbales dans le haut, et basse rythmique de la contrebasse). Défi qui devrait se révéler à la hauteur du monstre d’Earsonics.

L’introduction du titre est une étonnante ligne musicale d’inspiration orientale, tout en syncope et contre temps. Elle est de plus réalisée en étouffant les cordes du piano en capot ouvert. Ajoutez à cela le groove soigné du doigté de Yaron et son sens d’emphase des temps forts pour obtenir un rendu d’une originalité bienvenue et d’une fraicheur saisissante. La texture proposée par l’EM6 sur le timbre du piano est exemplaire, tant par son réalisme, son niveau élevé de résolution, et l’étendue du spectre des fréquences impliquées (notamment dans les résonances des cordes avoisinantes et celle de la table).

Arrivent ensuite de concert, la ligne de contrebasse en jeu d’octave et la batterie avec de délicieux micro-roulements de caisse claire saupoudrés de titillage de cymbales dont la finesse aurait fait honneur à une génération entière d’horlogers suisses. L’EM6 parvient à proposer à l’ensemble un contraste exacerbé et un relief remarquable, en assurant d’une part le chaloupé et l’impact nécessaire à la partie rythmique, et d’autre part une emphase marquée sur le piano tantôt coulé/lié, tantôt saccadé/haché. Je me surprend d’ailleurs à exécuter quelques pas de danse du plus bel effet, emporté par le naturel et la furieuse envie du titre.

Côté espace sonore, l’EM6 nous positionne comme à son habitude en plein cœur de la bataille, mais avec un étagement des plans et une localisation « 3D » des différents instruments qui le situe au niveau de très bons casques full size ouverts. La largeur de scène restera elle moins étendue en revanche.

Que retenir de cette prestation ? Au delà des capacités techniques de l’EM6 simplement bluffantes, je dois louer la capacité de l’EM6 à retranscrire le dynamisme et la musicalité de l’ensemble. Avant d’être bien techniquement donc, c’est tout simplement magnifique et terriblement impliquant.

 

*** Suite à l’étude de ces 4 titres, je passe la plume à Olivier pour les cinq suivants ***

En préambule, je tiens à préciser que je n’ai utilisé que le Colorfly C4 Pro, CK4 ainsi que la sortie casque directe de mon intégré lui même relié à mon dac Atoll, tout simplement parce qu’aucune des autres sources que je possède (iPod, Clip+, MacBook Pro, PC portable…) ne m’a fournit un résultat satisfaisant, même couplées avec l’ampli 911 de la marque. La sanction immédiate a toujours été la même : voile énorme sur le haut médium et grave pataud tout à fait inacceptables pour juger de la qualité d’un matériel.

En revanche, les deux baladeurs Colorfly et mon dac Atoll, reliés ou non au 911, ont donnés des résultats très similaires qualitativement en faisant disparaître complètement les points évoqués ci-dessus, prouvant ainsi que les EM6, comme tout matériel haut de gamme, ne peut en aucune manière révéler quoique ce soit en terme de restitution ni même être jugé avec des sources inadaptées.

 

***  Santo Domingo (Rodrigo y Gabriela – Area 52) ***

Ce morceau est un cauchemar pur et simple pour les systèmes audios en ce sens qu’il met en oeuvre beaucoup d’instruments dans un espace très contraint, et des timbres parfois proches (plusieurs cuivres, ensemble de percussions…). Le résultat peut aller d’une innommable bouillie (fréquent) à une restitution orgasmique (beaucoup plus rarement).

On test donc ici à la fois la faculté des EM6 à différencier des timbres proches, à les étager convenablement tout en conservant la cohérence musicale de l’ensemble. Ajoutons à cela également l’aptitude à laisser s’exprimer la guitare égarée au milieu de ce déferlement, en rendant le message malgré tout intelligible.

Actuellement, il n’y a que mon AKG K702 qui soit parvenu à me satisfaire sur la restitution de ce morceau, justement de par sa capacité à découper les plans et à rendre intelligible des messages complexes et enchevêtrés par un « dégraissage » systématique de tous les registres. Autant dire que les EM6 sont attendus au tournant avec ce premier morceau !

Et bien le résultat est excellent. Pas époustouflant mais excellent, et nous allons voir pourquoi. L’exercice est éminemment difficile, et m’est avis que les EM6 donnent le meilleur de ce que des intras peuvent fournir.

Dès le début du morceau, durant l’introduction, la guitare seule, mise en avant, se voit agrémentée très rapidement d’une multitude d’instruments, de percussions, et d’une seconde guitare très en retrait mais bien audible si l’on y prête attention. Tout cela monte crescendo jusqu’à la minute fatidique ou Gabriela attaque le riff qui servira de base pour tout le reste du morceau et qui intervient comme le dénouement harmonique de cette tempête d’instruments. C’est à ce niveau que j’ai une légère réserve, car en effet, les sonorités de la guitare devraient se dégager un peu plus clairement du reste de l’orchestration, effet du casque ou de la source ? (j’en ai essayé plusieurs, et même quelques configurations sédentaires plutôt bonnes). Je dirai un peu des deux et à nouveau, ce n’est pas une critique négative mais seulement une réserve, et surtout une question de goût personnel. J’aurais aimé un peu plus de mordant dans les attaques, mais pour autant, l’ensemble ne manque jamais de matière, les instruments sonnent humains, le message est intelligible, et le dynamisme tout à fait présent. Je suis par ailleurs TRES attentif aux attaques dans le haut, habitué que je suis à écouter des styles particulièrement exigeants à ce niveau (beaucoup de baroque, de jazz très acoustique, de piano seul et de clavecin).

La suite du morceau confirme ce premier ressenti, à savoir une très belle présence de tous les registres, un grave puissant mais toujours maitrisé (ce point est éminemment lié à la source) et jamais « pataud », mais un haut médium qui gagnerait à être un peu plus incisif. C’est aussi la signature Earsonics qui veut cela : un haut médium présent, fluide, assez velouté, tandis que ce que j’attends peut sans doute être consideré comme trop acéré par beaucoup d’auditeurs. Réserve à pondérer donc en fonction de son propre ressenti.

Quoiqu’il en soit ce morceau est bourré d’énergie et de fougue musicale, ce que les EM6 rendent à merveille. Les EM4 étaient passé à côté, le message étant bien moins dynamique et plus « sage ». La clef du plaisir réside ici dans l’explosion des timbres et l’effet claquant de l’ensemble, c’est latin, survolté, ca transpire, les cuivres soufflent et souffrent, les doigts s’agitent et glissent sur les manches terrassés, les paumes s’usent sur les peaux tendues, tout cela doit être restitué, et c’est bien le cas. Même si la restitution des EM6 n’est pas des plus analytiques, elle est musicale, source de plaisir et le but recherché par les musiciens et la production est atteint.

*** Prélude de la 3ème suite de Bach – Gastinel ***

Ce morceau me sert à tester deux éléments : la restitution des médiums (hauts et bas) et les détails attenants. Cet enregistrement fait la part belle à l’authenticité de la prise de son au travers de laquelle on entend massivement la musicienne respirer, manipuler son archet, s’arrêter, repartir… Critiquée ou adulée, Anne Gastinel nous livre ici une lecture des suites de Bach tout à fait particulière, très moderne, dansante et rythmée et que j’aime beaucoup, parmi les 80 versions (un peu plus en réalité) de cette oeuvre que j’ai pu acquérir au cours du temps.

Dès le début de l’écoute, les EM6 se distinguent très nettement des EM4, qui s’étaient, de mon point de vue, averés totalement insatisfaisants en ce qui concerne la restitution de cet enregistrement (et du baroque en règle génerale) par un effet de lissage excessif, qui avait tendance à « manger » toute la matière sous jacente des sonorités liées à a manipulation de l’instrument autant qu’à la musique en elle-même. Ici rien ne manque, les détails sont présents à la fois dans le jeu de l’instrument et dans la restitution des timbres. Comme pour le premier morceau, j’aurais aimé des attaques encore plus mordantes et tranchantes, mais cela vient sans doute aussi de mes habitude d’écoutes sédentaires lors desquelles je privilégie toujours le matériel faisant la part belle au haut du spectre quitte à avoir recours à des appairages qui accentuent un peu cette plage afin d’être certain de ne passer à côté de rien, au détriment sans doute d’un bas médium qui se voit quelquefois un peu trop « dégraissé ». Le restitution des EM6 est surement bien plus authentique que ce à quoi je suis habitué. Ces écouteurs n’ont sans doute pas été conçus avec pour objectif principal ces styles musicaux, mais pourtant le résultat est bien là, tandis que d’autres intras à vocation clairement plus analytiques se révéleront pénibles et fatiguant sur des enregistrements qui demande un peu plus de consensualité.

 

*** Cesaria Evora – Vaquinha mansa ***

J’aime beaucoup Cesaria Evora, je dois l’avouer. Ses disques me font voyager, et font partie de ma discothèque favorite depuis bien longtemps. Sans être des modèles de prise de son, les productions sont généralement plus que convenables, ce qui permet d’allier un talent artistique énorme à un plaisir d’écoute véritable. Que dire ici si ce n’est que les EM6 font un carton plein, tout simplement. Le morceau n’est pas d’une complexité très importante, mais l’émotion est retranscrite exactement comme on l’attends, les timbres sont justes, la voix bien placée, jamais « harsh » mais toujours précise, les EM6 sont sur leur terrain de jeux favori : la musique multi-timbres. L’écoute est conviviale, vivante, exotique, et je n’ai aucun intérêt à détailler plus avant, ce n’est pas l’objectif d’un disque de Cesaria Evora. Le plaisir et la magie opèrent, on n’en demande pas plus.

 

*** Vivaldi – Sonates pour violoncelle et basse continue (Geminiani) ***

Ce morceau est universellement connu dans tous les auditoriums du système solaire (au moins !), parce qu’il permet de juger nombre de points d’attention : l’étagement, les timbres, le détail, la fluidité, la musicalité…. Ne nous y trompons pas, il est extrêmement complexe à restituer avec toute sa richesse, et pour être honnête le seul matériel de type casque qui y soit actuellement parvenu à ma connaissance est l’équipement Stax de Bigtonio. Aucun autre casque, quelque soit le prix, que j’ai pu essayer n’as su révéler la fluidité de l’interprétation et la dimension « coulante » de l’enregistrement, particulièrement sur les basses continues.

En ce qui concerne les EM6, le résultat est bon. Etonnament bon même, si l’on fait toutefois abstraction du nombre de micro-détails absents et du haut médium à nouveau un peu lissé. Cela étant dit, aucun autre intra qu’il m’ait été donné d’essayer n’a fait mieux. Les EM4 se sont écroulés dès les premières mesures en bâillonnant immédiatement les registres moyens, tandis que mon K702 parvient vaguement à faire quelque chose, mais à condition d’être poussé à fort volume… Bref, c’est un morceau d’une exigence terrifiante, et les EM6 s’en sortent avec les honneurs, eût égard à leur format et leur conception. Une prouesse.

 

*** Jheena Lodwick – Perhaps Love (Best Audiophile Voices – I) ***

Je voulais finir ces tests d’écoute sur une voix. Une voix féminine pour aller cherche à nouveau l’émotion dans le haut du spectre, et voir comment ces écouteurs peuvent être capable de restituer « l’humain ». J’ai mis un certain temps à me décider sur le choix du morceau, et j’ai finalement opté pour ce titre extraordinairement produit de Jheena Lodwick, que je n’avais encore jamais écouté avec les EM6. Le résultat est tout simplement somptueux et l’on prend conscience ici du fait que les EM6 sont avant tout des retours de scène faisant la part belle au naturel. Ce n’est pas un appareil chirurgical, c’est un appareil musical, et cela fait toute la différence avec nombre d’autres intras qui, sans doute par limitation technique, prennent le parti de jouer la carte d’un sens du détail « technique » plus que musical. Ici, l’instrumentation qui accompagne Jheena est parfaite (mention particulière à la contrebasse d’une justesse époustouflante), mais n’est rien à côté du timbre de sa voix qui grimpe haut et dont chaque inflexion est restituée sans jamais se perdre. Un plaisir infini.

Cessez le feu, comptez les morts !

Au final, cette confrontation avec l’EM6 ne nous aura pas laissés indemnes. Elle nous aura confirmé que l’EM6 possède des capacités hors normes dans la gamme Earsonics sur beaucoup d’aspects :

  • un niveau de dynamique bien au delà du reste de la gamme.
  • une scène d’une largeur moyenne (l’EM4 est plus étendu à ce niveau là) mais doté d’une capacité d’étagement des plans et de localisation « 3D » jamais entendu sur un intra.
  • des timbres réaliste et très organiques capables d’insuffler vie dans la musique.
  • une capacité à encaisser des niveaux élevés de puissance sans broncher.

Alors oui, ce niveau de performance a un prix élevé, mais à nos yeux il est dans le cas de l’EM6 parfaitement justifié. Nous avions eu un constat beaucoup plus réservé à ce propos par rapport à son petit frère l’EM4, qui ne nous aura pas convaincu sur la durée, en raison principalement d’un manque d’âme et d’une prise de recul trop importante dans sa manière de restituer la musique.

L’EM6 est donc pour nous le véritable flagship de la gamme Earsonics à l’heure actuelle.

Une légère réserve toutefois à l’intention de nos lecteurs qui écouteraient exclusivement de la musique classique et/ou du baroque, ou encore de la musique uniquement acoustique, car ce sont les styles qui nous paru les moins convaincants avec les EM6 et carrément rédhibitoires avec les EM4. Cette remarque ne vient en rien entacher l’excellence que nous avons pu noter et le plaisir que nous avons à utiliser ces écouteurs au quotidien, et c’est une remarque hautement subjective, mais peut-être est-ce tout simplement du au fait que ces styles demandent un tel niveau de détail et d’analyse que les technologies mises en oeuvre dans les intras ne parviennent pas totalement à restituer tout ce qui doit l’être si l’on attend une écoute avant tout analytique.

N’allez pas croire que le résultat soit médiocre, c’est juste que compte tenu de ce dont sont capables les EM6, le niveau d’exigence est extrêmement haut, et sur tous les autres styles, que ce soit jazz, rock, pop, world etc… l’excellence est au rendez-vous ! Seulement au regard des sommes en jeu, cette mise en garde nous semble plus prudente. Cela étant, nous connaissons également des personnes qui écoutent beaucoup de musique classique avec des EMx et qui y prennent énormément de plaisir, et ce peut-être le cas si ce plaisir ne se situe pas uniquement dans l’attente d’une restitution très analytique du haut médium. Les EM6 offrent une lecture très naturelle et d’une grande musicalité, très proche de la manière dont « sonnent » les instruments en live. D’autres casques, intras ou pas, misent plutôt sur le fait de restituer le disque sur lequel ces instruments sont enregistrés. Ce sont deux partis pris différents. Aucun n’est meilleur que l’autre, c’est une question de choix et de goût.

Enfin, beaucoup de questions ont été émises sur le SAV Earsonics. Olivier a donc accepté de nous faire part de son expérience à ce sujet, ici sur le forum.

Photos réalisées par Olivier sur sa propre paire d’EM6 (et, oui, il a bien une oreille plus grande que l’autre, ce n’est pas un effet d’optique !)

Mise en qualité effectuée par Paul.

Si vous souhaitez discuter avec nous de ce test, n’hésitez pas à nous rejoindre ici, sur le forum.

A propos de l'auteur

Dit le Fougueux (plus rarement le Brave), c’est le thermomètre du groupe, l’essayeur de tendance. L’enthousiasme au bout du fusil, seuls quelques malheureux casques ne trouvent grâce à son Ecole des Fans du matos audiophile . On lui doit également parmi les blagues les plus fleuries de l’histoire du New Wav.


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