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Test : Colorfly C4, baladeur audiophile explosif ?

15 février 2012 / par
APERÇU DU TEST
8 Qualitede fabrication
8 Performance sonore
7 Rapport Qualite / Prix
8

Bon

Un DAP haut de gamme encombrant, à faible autonomie, mais à la qualité de restitution remarquable

Objet de curiosité par ses dimensions, son look, et sa connectique étonnante…

… le Colorfly C4 Pocket Hifi Pro n’est clairement pas un baladeur audio au sens classique du terme. Son prix avoisinant les 800$ (ou 650€ en France), ses dimensions de Game Boy, et sa parure en metal « imitation bronze » et caisse en bois attestent de ses ambitions audiophiles. Pour autant, son ramage se rapporte-t-il à son plumage ?

Le Colorfly est équipé d’une puce DAC haut-de-gamme CS4398 de chez Cirrus Logic. Celle-ci est accompagnée de sa puce de sur-échantillonage CS8422 SRC qui permet un réglage manuel de l’upsampling (de 16 bit/44,1 kHz à 24 bit /192 kHz !!!). Enfin, le C4 embarque  un atténuateur ALPS haut-de-gamme (non numérique, donc censé introduire moins de distorsion dans le signal). Coté puissance amplificatrice enfin, la documentation officielle mentionne 13.3 mW au compteur. Le constructeur nous assure que le C4 pourra driver sans broncher des casques full-size affichant pas moins de 300 Ohms d’impédance. Sur le papier la promesse est belle. Le C4 est-il bien dans les faits cette petite bombe capable de proposer un niveau de performance de matériel hifi sédentaire d’entrée de gamme… en nomade ?

Réponse tout de suite après la galerie de photos… et croyez moi, je vous ai gâté ! Voici pas moins de 36 photos pour ce lecteur atypique au look Steam Punk qui ne laissera pas indifférent.

De l’importance du référentiel d’écoute

On cite ainsi souvent le Hifiman HM-801 comme le concurrent naturel du Colorfly C4. Cela est vrai pour plusieurs raisons :

  • Ces lecteurs partagent tous deux des dimensions hors-normes, à la limite du nomadisme.
  • Affublés de puces DAC performantes et de sections d’amplification hallucinantes, ils affichent une autonomie désastreuse de 8/10h (pour moi en tous cas, c’est un vrai problème :)).
  • Ils peuvent amplifier tous deux des intras comme des casques full size plus gourmands.
  • Ils ont enfin des ergonomies assez particulières (plutôt mauvaises pour la partie firmware, et plutôt « vintages » pour la partie boutons physiques).

J’ai eu le plaisir de tester le Hifiman HM801 assez longuement en 2010 et 2011 grâce aux aimables prêts longue durée de Guillaume de chez GMP3. Ce fut pour moi une vraie révélation. D’une part parce que je ne pensais pas que mes intras moulés Earsonics EM2 en avait encore tellement sous le pied avec une bonne source, d’autre part parce que l’écart en termes de performance audio pure avec des baladeurs « moyen de gamme » (Cowon J3, Hifiman HM-601 notamment) était réellement colossal.

Plus récemment le HisoundAudio Studio-V a pu contribuer à réduire l’écart existant entre le moyen de gamme et le très haut de gamme des baladeurs audiophiles, même s’il affiche des limites sur nombres d’aspects.

Connaissant bien le HM-801, j’attendais avec une relative impatience ce Colorfly C4. Il m’aura finalement fallu être patient pour dégoter ce petit (gros ?) filou, et l’aide bienvenue de nos amis de chez Audiophonics pour le prêt, qui proposent le produit en France pour 649€

Le C4 au banc d’essai

Protocole de tests

  • Lecteur : Colorfy C4
  • Fichiers encodés au format FLAC
  • Décodeur en 16 Bits et 44,1 kHz
  • Casques :
    – Grado SR 325  (Casque ouvert / Semi-nomade / Moyen de gamme)
    – Earsonics EM4 Pro (Intra moulés fermés / Nomade / Haut de gamme)
  • Les écoutes ont été réalisées sur une semaine consécutive, avec la comparaison en temps réel au Studio-V. NB : je n’ai pas eu la chance de pouvoir réunir en une même unité de temps et d’espace le HM-801 et le C4. Il m’aura donc fallu me fier à mes récents souvenirs. Il est donc normal que ce test revête une certaine subjectivité, tout à fait assumé au demeurant.

Retours d’écoutes et d’utilisations comparatives

Qualité de fabrication

Le Colorfly sort assez facilement du lot, avec une qualité de finition exemplaire, une connectique incroyable pour sa taille (une sortie Jack 6.35, une sortie jack 3.5, une sortie RCA, un SPDIF in et out …), et son réglage de volume non analogique. Enfin son look incroyable venu tout droit d’un Fallout ou d’un Mad Max achève de lui décerner la première place du podium. Seul ombre au tableau, les boutons principaux frontaux vraiment en dessous du reste. Il affiche par ailleurs un jitter de 5 picosecondes …

Le Hisoundaudio Studio-V arrive en second lieu avec une coque entièrement métal inspirant une solidité à toute épreuve… mais par conséquent sujette à de nombreuses perturbations électrostatiques. Porter le Studio-V dans un manteau générant de l’électricité électrostatique en hiver par grand froid vous réservera quelques agréables reboots intempestifs. L’écran est petit mais offre une bonne lisibilité. Enfin, les boutons ne rassurent pas spécialement.

Bon dernier, le Hifiman HM-801 m’a déçu par sa finition, ainsi que par les quelques plastiques utilisés (notamment sur la molette de réglage de volume non crantée et peu pratique). Par ailleurs il a une fâcheuse tendance à chauffer de manière conséquente lors des opérations de recharge de batterie. Enfin, je passerai sous silence les boutons de contrôle, qui me semblent encore une hérésie médiévale en comparaison avec les autres interfaces existantes, proposées par des marques pourtant d’entrée de gamme..

Firmware

Le firmware est à l’heure actuelle le talon d’Achille des baladeurs audiophiles. On assiste à une véritable « bataille du pire » entre les trois marques qui proposent des firmwares non aboutis et peu ergonomiques. La comparaison avec un iPod ou un Cowon J3 fait extrêmement mal …

Le C4 offre une lenteur regrettable dans les menus, et le simple fait d’arriver jusqu’à son répertoire de musique est un bon test de patience. Par ailleurs Les WAV ne sont pas toujours lisibles contrairement à ce qui est annoncée. L’écran est enfin de mauvaise résolution et l’interface est mal traduite.

Le HM-801 ne reconnaît pas toutes les cartes micro SD. Il faut parfois réintroduire 2 ou 3 fois la même carte pour qu’il finisse par accepter de la lire. L’ergonomie globale est un peu moins mauvaise et plus réactive dans les menus. Le look reste dans la mouvance des années 80′.

Le Studio-V est probablement le plus mauvais d’entre tous en termes de bug. Certains utilisateurs n’arrivent pas à faire reconnaitre leur carte SD, il faut parfois aller effacer des fichiers d’indexation manuellement pour le forcer à lire les contenus que vous auriez ajouté dans votre carte. Enfin, il mettra parfois jusqu’à une minute pour démarrer. Une fois en fonctionnement, l’ergonomie est cependant correcte et relativement intuitive. Des améliorations évidentes pourraient bien sur être facilement apportées.

Niveau de puissance

Sur le papier, le C4, le HM-801 et le Studio-V affirment tous être capables de driver des casques full size à vocation HIFI.

Dans les faits, ces trois baladeurs permettent effectivement de driver très solidement un certain nombre de beaux casques « nomades » (Sennheiser HD25, Audio Technica ESW9 et ES10, Grado SR 325, Vmoda M80 etc.).

En revanche ils seront plus à la peine face à des DT880 ou des Sennheiser HD6XX, même en poussant le volume au maximum, sur des niveaux frisant parfois la saturation, pour un résultat « correct ».  Bref, cassons le mythe tout de suite : tous ces baladeurs ne remplaceront pas une configuration sédentaire pour vos casques full-size exigeants.

Spatialisation

Ce qui impressionne en premier lieu à l’écoute du HM-801, c’est l’incroyable spatialisation qu’il offre. C’est à la fois très ample et très naturel. Le baladeur arrive à récréer un espace de son colossal autour de l’auditeur, et ce dans toutes les dimensions. Cela est particulièrement appréciable avec des écouteurs intras fermés, comme les EM2 Pro, qui ont tendance à sonner « très proches du tympan ». L’effet est un peu moins saisissant avec des casques full size, bien que toujours remarquable. Dans tous les cas, le HM-801 surprend par sa capacité à vous mettre au cœur de votre musique, en s’effaçant.

En comparaison, le C4 accuse légèrement le coup. Il ne parvient pas à recréer l’immersion de l’auditeur avec la même maestria. Le message délivré est plus proche de l’oreille, l’écoute est par ailleurs légèrement plus latéralisée. On perd légèrement en impression de naturel. Le C4 ne parvient pas à se faire autant oublier dans sa médiation entre la musique et l’auditeur.

Ne nous y trompons pas, ces deux baladeurs offrent un niveau de restitution qui dépasse de très loin ce qui est offert par des baladeurs plus classiques.

Face à deux poids lourds, le Studio-V file rapidement au tapis. Il latéralise davantage l’écoute et ne parvient pas à recréer une sphère sonore complète autour de l’auditeur. On sent rapidement la différence de maîtrise sur cet exercice si difficile avec les écoutes précédentes. Le petit Studio souffre également la comparaison dans la proposition d’un étagement des différents plans aussi net, et dans la séparation claire des différents messages.

Niveau de détail

Par rapport au HM-801

Le détail est certainement la seconde force du Hifiman HM-801 qui en fourmille littéralement, et ce sur toute l’étendue du spectre. Des basses agréablement texturées aux aigus brillants mais pas agressifs, en passant par des médiums d’une belle ouverture, le HM-801 fait très fort en la matière. On acquiert un niveau de résolution supplémentaire par rapport aux autres baladeurs nomades du marché. Chose agréable par ailleurs, le NOSDAC du HM-801 traite avec une relative tolérance les mauvais enregistrements, tout en magnifiant les bons. Une rare capacité souvent l’apanage des grands matériels pensés par des amoureux de la musique et non par des techniciens purs et durs.

Le Colorfly parvient à rivaliser dans la section basse, où il présente une solide performance. Ça cogne dur, avec profondeur et maîtrise, et un impact encore plus marqué. La prestation proposée dans les médiums et les aigus est également d’un solide niveau de performance et apporte un lot de micros détails sur lesquels concentrer l’attention. Le HM-801 apporte lui encore davantage sur les hauts médiums et les aigus, avec une impression accrue d’ouverture, de naturel, et des textures encore plus réalistes. On est toutefois en présence de deux solides performers qui surpassent d’assez loin les autres catégories.

Par rapport au HisoundAudio Studio-V

 Le Studio V est légèrement supérieur aux autres baladeurs audio de moyen de gamme en termes de niveau de détail. Il s’incline logiquement face à la prestation du C4 qui boxe quand même dans une catégorie supérieure. Il ne retranscrit pas une bonne partie de la finesse des réverbérations des instruments dans leur environnement de prise de son. Cela est particulièrement perceptible dans les lives de jazz qui regorgent souvent de micro phénomènes sonores en arrière plan et des résonances naturelles des saxo, guitares, et voix. Toutefois, au regard du différentiel de prix et des composants utilisés, il faut bien admettre que le Studio V sait vraiment tirer parti de son hardware au maximum.

Signature

Le Colorfly C4 présente une signature plutôt chaude. Elle découle davantage de l’impact et de la profondeur de ses basses couplées à une forte dynamique, que d’un spectre vraiment déséquilibré. Il est à ce titre préférable d’appairer le C4 avec un casque plutôt neutre ou légèrement montant. Amateurs de basses en revanche, l’impact et la tension du C4 risque bien de vous écraser au sol façon « Smashing and allmighty Hammer of Thor » (mais ce avec précision et maîtrise ! :).

Assez logiquement les timbres sont bien corpulents dans le bas du spectre et donnent un corps presque exagéré à certaines guitares ou certains pianos. La justesse des timbres est du coup un peu déportée vers le bas de spectre, même si le C4 n’est pas sans musicalité dans les médiums. En comparaison avec le C4, le HM801 présente des basses au moins aussi profondes, légèrement moins tendues. Leur texture est cependant très riche. Certains trouve le HM-801 encore plus présent dans les basses, personnellement je trouve qu’elles sont justes moins rapides, donc pouvant paraître légèrement plus lourdes. Ma préférence dans ce domaine va donc à la tension de l’interprétation proposée par le C4.

Coté médium et hauts médiums justement, on pourra regretter un  léger manque d’ouverture et d’aération (et à titre personnel, une certaine brillance musicale) qui aurait pu mieux compléter l’excellence de la section basse.  Cela reste cependant très très agréable à l’écoute, coulant, et jamais agressif. Il faut rendre hommage à la belle rigueur et l’autorité dont fait preuve le C4 pour couper les sonorités et ne pas empiéter sur les silences. On sent qu’il maîtrise pleinement son sujet et qu’il ne se laisse pas dépasser techniquement, peu importe la complexité du message.

La résolution sur ces mêmes médiums n’est pas tout à fait aussi bonne que sur le HM-801 qui parvient vraiment à briller sur cette partie du spectre. Le HM-801 met également davantage les médiums à l’honneur et les traite avec une musicalité accrue. Je pense que sur cette section, l’approche du HM-801 me parle davantage, même si elle prend parfois quelques libertés avec l’équilibre tonal originale des œuvres (je me suis surpris à baisser le volume en raison des hauts médiums, sur des morceaux pour lesquels je n’avais jamais eu ce besoin auparavant avec d’autres lecteurs).

Côté aigus enfin, les deux lecteurs se partagent un relatif match nul. Je ne suis pas convaincu par les deux rendus qui manquent encore de naturel, et finissent par apporter une sorte de « plafond » à l’écoute. Typiquement un domaine sur lesquels je ne suis pas encore totalement enthousiasmé par les prestations de ces lecteurs haut de gamme, qui même s’ils font bien mieux que les concurrents de moindre prix, ont encore une marge certaine de progression.

Qu’il est difficile, par exemple, de faire sonner correctement une charley ou une cymbale. Avec des fréquences fondamentales entre 400 et 600 Htz, une fréquence sensible entre 2000 et 3000 kHz, et des harmoniques qui s’étendent jusqu’à 8 kHz… proposer un rendu global satisfaisant de cet instrument pourtant si répandu est un enfer. Que ce soit le HM-801 ou le C4, j’en trouve encore la restitution trop sèche et avec trop peu de corps. Quand on sait que ce sont les harmoniques qui viennent principalement donner cette coloration au son, il est fort probable, que le coupable principal soit précisément la section aiguë.

Bien sur je coupe les cheveux en quatre, dans la mesure ou la performance reste très agréable à l’écoute. Il est quand même intéressant de noter que même les meilleurs lecteurs ont encore des marges de progression.

Vous remarquerez que je n’ai pas évoqué la signature du Studio-V, et ceci volontairement afin de ne pas compliquer la lecture. De manière synthétique, le Studio-V présente une signature assez équilibrée, avec moins de dynamique que les deux compères, des basses moins profondes et moins bien tenues, des médiums et des aigus a mi chemin entre la musicalité du Hifiman et la rigueur du Colorfly, le tout avec une résolution moindre et une spatialisation nettement moins réussie.

Verdict

Il n’est pas évident de départager les deux poids lourds  de ce comparatif. Récapitulons les victoires de chaque protagoniste.

Le C4 a pour lui :
– La qualité de fabrication
– La richesse des connectiques
– Un firmware légèrement plus abouti
– Une section basse d’une très belle rigueur et d’une efficacité redoutable.

Face à cela le HM-801 réplique avec :
– Une scène sonore inégalée
– Une résolution globale légèrement supérieure
– Une belle musicalité sur les médiums et haut médiums

Au rayon des matchs nuls :
– Les dimensions trop grandes
– L’autonomie insuffisante
– L’ergonomie perfectible
– Des firmwares peu aboutis

Gageons qu’au final c’est davantage une histoire d’inclinaison personnelle qui fera pencher la balance d’un côté ou d’un autre. Personnellement, je garde un excellent souvenir des mediums du HM-801, mais je me souviens d’autant de frustrations avec des dysfonctionnements de carte SD. Par ailleurs le look retro-cool du C4 m’éclate assez fortement. Je me prononce donc en faveur d’une courageuse « égalité » entre ces deux lecteurs audiophiles.

Je remercie comme d’habitude Paul pour la relecture :)

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A propos de l'auteur

Dit le Fougueux (plus rarement le Brave), c’est le thermomètre du groupe, l’essayeur de tendance. L’enthousiasme au bout du fusil, seuls quelques malheureux casques ne trouvent grâce à son Ecole des Fans du matos audiophile . On lui doit également parmi les blagues les plus fleuries de l’histoire du New Wav.


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