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Chronique : 255 grammes de Vivaldi s’il vous plait !

04 octobre 2012 / par

Ce billet est le premier d’une série qui j’espère sera longue, si vous lecteurs, en appréciez la démarche ! L’idée est simple : vous faire découvrir des compositeurs, des oeuvres ou des interprètes du registre ancien, médiéval, baroque, classique ou encore contemporain à travers un discographie qui, à défaut d’être exhaustive, sera sélective et vous permettra d’entrer de plain-pied dans le sujet en évitant, je l’espère, des erreurs qui pourraient être décourageantes, et dieu sait si le risque est grand compte tenu de l’abondance des choix.

Pour ce premier sujet donc, j’ai décidé de vous parler d’Antonio Vivaldi. Non, restez ! Attendez, vous allez aimer, si si, je prends le pari ! Nous allons évoquer Vivaldi au travers d’un formidable coffret disponible pour une bouchée de pain, et qui fera (re)naître en vous bonheur et félicité.

Pourquoi Vivaldi ?

Pour plusieurs raisons.

La première est que l’œuvre est, dans sa grande majorité, très accessible et relativement «simple» à s’approprier du point de vue émotionnel. N’allez pas confondre «simple» et «simpliste», les compositions du « Prêtre Roux » (et oui, Vivaldi était prêtre ET roux) ne le sont pas le moins du monde, mais elles présentent la plupart du temps une approche mélodique extrêmement intéressante et « accrocheuse », ce qui explique sans doute aussi pourquoi les enfants y sont en général très réceptifs. Soyons honnêtes, certains compositeurs et certaines œuvres demandent quelques efforts avant d’être appréciées, non parce qu’elles seraient élitistes, mais simplement parce que leur structure les rend moins abordables, comme c’est d’ailleurs le cas pour tous les styles, y compris contemporains (citons par exemple le free jazz qui est la branche «dure» du jazz, ou le death metal pour faire volontairement le grand écart). Chez Vivaldi, rien de tout cela. Si le plaisir jamais ne cesse au fil des ans et des écoutes, on en retirera la plupart du temps un goût immédiat pourvu que l’interprétation soit bien choisie.

La seconde raison de ce choix est que tout le monde ou presque connaît au moins «les 4 saisons». Est-ce un bien ou un mal, je ne saurai dire, compte tenu des raisons pour lesquelles l’œuvre est aussi populaire (musique d’ascenseurs, de salle d’attente, générique télé, publicité…), mais toujours est-il que ce groupement ainsi nommé de quatre concertos est connu de tous. Pourtant, ces quatre concertos ne constituent pas, de mon point de vue, l’œuvre la plus significative de Vivaldi et cela sans même parler des interprétations hasardeuses que l’on nous sert bien souvent. Il me semblait donc intéressant de revisiter cette œuvre dans de bonnes conditions afin la replacer dans un contexte plus global.

D’accord, encore une énième tirade sur la musique classique et sa «grandeur»…

Absolument pas. D’une part parce que j’en serai parfaitement incapable, d’autre part parce que c’est un état d’esprit et un positionnement que je combats depuis toujours. La musique ancienne, baroque ou classique n’exige aucune «culture» particulière pour être écoutée et appréciée, aucune «initiation» contrairement à ce que prétendent bon nombre de pseudo-mélomanes qui entendent bien créer et entretenir un certain entre-soi, tout en cherchant à nier tous les autres styles musicaux. Elle exige, comme toutes les autres formes de musique, d’avoir une paire d’oreilles en état de marche, un lecteur quelconque, et l’envie. L’envie de découvrir si l’on débute, l’envie de profiter si l’on connait déjà, enfin l’envie d’écouter, tout simplement. Que vienne ensuite le désir d’approfondir une œuvre, la vie d’un compositeur ou l’évolution d’un courant, de confronter plusieurs interprétations, est un phénomène bien naturel, mais on peut parfaitement ne pas prêter attention à tout cela, et se contenter d’apprécier dans l’instant.

Faut-il avoir forcément lu la biographie complète de Rihanna ou de Cœur de Pirate pour écouter leurs derniers singles (Golden Baby ne m’a d’ailleurs pas transporté…) ? Certainement pas. Et bien il en va de même pour Vivaldi, Bach, Mozart et tous les autres. La musique abusivement estampillée «classique» (abusivement, car la période « classique » n’en est qu’une parcelle, un courant, tout comme le baroque ou la musique médiévale) est comme toutes les formes de musiques, elle propose ses chefs d’œuvre, ses navets, ses bons interprètes et ses usurpateurs. Force est de constater qu’il est parfois bien difficile de s’y retrouver !

Alors Maryse, que vais-je trouver dans ce merveilleux coffret ?

Et bien pas moins de 7 albums repartis en 7 CDs. Logique ? Pas tant que çà, vous allez voir. Certaines œuvres présentes étaient livrées sous forme de coffrets de 2 CDs dans les éditions d’origine. Mais le deuxième CD ne contenait souvent que quelques plages qui n’avaient pas pu être mises sur le premier. Ici, tout a été optimisé pour vous offrir 7 CDs réellement remplis de trésors au travers de 55 concertos, pas un de plus, pas un de moins. Oui Pierre, c’est tout à fait incroyable.

Contrairement à beaucoup de coffrets qui ne sont que prétextes à vendre une œuvre majeur bien interprété mais souvent accompagnée de fonds de paniers invendus, celui qui nous intéresse aujourd’hui ne regroupe que des prestations d’exception qui font toutes autorité auprès des amateurs de Vivaldi. Chacun de ces 7 albums constitue une version de référence des œuvres qu’il contient, doublé de surcroit d’une qualité d’enregistrement exemplaire, prouvant une fois de plus si nécessaire que l’époque de production ne signifie pas grand chose.

On va donc trouver 55 concertos tous parfaitement exécutés, 55 concertos pour (re)découvrir Vivaldi de la meilleure manière qui soit, et tout cela pour 33,01€. Qui a dit que la musique baroque était élitiste ?

Mais alors que contient-il exactement ce coffret ?

Les Quatres Saisons (Le Quattro Stagioni) – 1982 -Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

CD 1 en entier

 

 

Il s’agit en réalité de 4 concertos pour cordes :

  • RV 269 – Le Printemps (La Primavera)
  • RV 315 – L’Été (L’Estate)
  • RV 293 – L’Automne (L’Autumno)
  • RV 207 – L’Hiver (L’Inverno)

On y trouve bien sur le premier mouvement du Printemps si célèbre, mais on y découvre aussi le reste de l’oeuvre dans une version qui ne laisse rien au hasard, qui ne verse jamais dans le spectaculaire à outrance, mais qui révèle tout en justesse les subtilités qui s’y lovent grâce au talent de Simon Standage au sommet de son art. Les bonnes versions des 4 saisons sont nombreuses, mais celle-ci constitue véritablement une sorte de point de référence et se doit de figurer dans n’importe quelle discothèque !

L’estro Armonico Op. 3 – 1986 – Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

CD 2 en entier + plages 1 à 9 du CD 3

Il s’agit d’un ensemble de 12 concertos pour cordes, presque aussi célèbre que les 4 saisons. Wikipédia propose une notice sommaire mais exacte de l’oeuvre dans son contexte. Je vous invite à la consulter.

Les motifs mélodiques pleuvent au fil des mouvements, c’est enlevé, jovial, émouvant. C’est superbe.

6 Concertos pour flûte Op. 10 – 1988 – Flûte : Lisa Beznosiuk – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

Plages 10 à 30 du CD 3

Les concertos pour flûte traversière de Vivaldi sont exceptionnels et très variés. La prestation qui nous est ici proposée par Lisa Beznosiuk est remarquable de justesse, et il s’agit encore d’une vraie référence incontournable.

La Stravaganza Op. 4 – Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

CD 4 en entier & plages 1 à 9 du CD 5

Allez, j’ose le dire, il s’agit de mon oeuvre préférée de Vivaldi ! 12 concertos pour cordes tous plus beaux les uns que les autres. Cela s’écoute du premier au dernier, et en boucle tellement c’est addictif. Trevor Pinnock dirige l’ensemble avec un raffinement rarement approché. Il est quasiment impossible de ne pas aimer ce disque, et même les plus réfractaires à la musique baroque finiront par céder à la magie des phrasés de Simon Standage. Wikipédia propose également une courte notice en anglais.

Si vous ne deviez écouter que deux morceaux du coffret pour vous en faire une idée, je vous recommande chaudement le 3ème mouvement du 1er concerto (RV 383a) et le 1er mouvement du 2ème (RV 279), ce sont des merveilles de musicalité et de fraîcheur !

Concerti « Alla Rustica » RV 151, 548, 558, 461 et 532 – Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

Plages 10 à 27 du CD5 – 19 à 21 pour RV 516 qui n’existe pas sur l’édition d’origine mais qui était présent sur la réédition de 1994 des 4 saisons

On continue avec 6 concertos remarquables, à commencer par le « tubesque » RV 151 « Alla Rustica ». Les suivants ne sont pas en reste, et on notera la présence de RV 516 qui n’était initialement présent que sur la réédition des 4 saisons et repris dans quelques compilations. On le retrouve ici en continuité avec les autres pour notre plus grand plaisir.

Concerti « L’Amoroso » – Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

CD 6 en entier

6 concertos pour cordes, flûtes, bassons, viole d’amour, hautbois, luth… Autant de merveilles qui viennent étoffer cette mini-anthologie de l’oeuvre concertante de Vivaldi. L’occasion de découvrir des sonorités moins souvent représentées.

7 Concertos pour cordes & instruments à vents – Violon : Simon Standage – Direction : Trevor Pinnock – The English Concert

CD 7 en entier

Et pour finir, 7 superbes concertos dans la lignée du disque précédent, pour achever cette aventure musicale. 7 oeuvres pour instruments divers qui s’achèvent sur le magnifique concerto pour 2 violons et 2 violoncelles RV 575.

Et donc ?

Et donc vous voici pourvu de tout ce qu’il faut pour plonger dans le monde fascinant de Vivaldi et de ses concertos ! Evidemment cela n’est pas exhaustif, mais tout comme on ne peut pas boire tous les grands crus d’un seul trait, il convient néanmoins de partir sur de bonnes bases, et c’est ici le cas. Puisse le contenu de ce coffret, dont pas une mesure n’est à jeter, vous ouvrir grandes les portes de la musique concertante baroque, et vous donner envie d’aller plus loin ! J’aurai pu passer des heures à exprimer mon ressenti sur les différents concertos, vous indiquer mes mouvements préférés, mais est-ce bien utile ? Faites-vous votre propre opinion, c’est ce qui est le mieux je crois. Pour passer à l’acte, plusieurs solutions s’offrent à vous :

Amazon.fr est la boutique en ligne qui le propose au meilleur tarif, à savoir 33,01€ port inclus.

De plus, si vous l’achetez par ce biais cela rapporte quelques menues monnaies à Tupperwav et contribue à ses frais de fonctionnement .

Il est également disponible dans les Fnac pour 36€, mais je vous invite à consulter les stocks avant de vous déplacer…

Enfin, il est téléchargeable en qualité CD chez Qobuz pour 27,49€

Avant d’acheter, nous vous recommandons évidemment de l’écouter sur les plateformes légales :

Nous ne l’avons trouvé ni sur Deezer, ni sur GrooveShark.

Ok, ok, c’est pas mal, j’avoue, j’en reprendrai bien un peu.

A la bonne heure ! Vivaldi est un des compositeurs les plus joués et enregistrés, la discographie regorge de merveilles. Certains artistes s’essaient à des lectures et à des interprétations tantôt novatrices, tantôt plus académiques. Sachez que le contenu du coffret présenté dans le billet rentre clairement dans cette dernière catégorie. Il vous appartiendra de faire vos choix, et s’il est impossible de citer tous les albums pouvant servir de relai au coffret présenté, voici quelques pistes d’écoutes supplémentaires qui restent dans l’esprit des concertos pour cordes (notamment pour violoncelle) :


Sonates pour violoncelle et basse continue – Roel Dieltiens – Accent

Un disque à posséder absolument ! Probablement l’un des meilleurs enregistrements, tous styles confondus, que je possède. La prise de son est simplement extraordinaire, et le valeur artistique de l’ensemble fait l’unanimité. Idéal pour découvrir d’autres sonorité que celles évoquées dans le coffret des 55 concertos. (en écoute sur Spotify et vente sur Amazon.fr).

 

La viole de Gambe dans l’oeuvre de Vivaldi – Jordi Savall – Aliavox

Voici un très beau disque, dont la qualité de production honore la valeur artistique. On attendait pas forcément le violiste Catalan (ainsi que ses camarades de jeu, tous des « baroqueux » émérites)  sur Vivaldi, et la critique bien pensante ne s’y est d’ailleurs pas trompée en massacrant littéralement cette réalisation. Le public fût bien plus tolérant (qui a dit « ouvert d’esprit » ?) et c’est un véritable coup de coeur en ce qui me concerne. A acquérir sans l’ombre d’un risque pour rester dans l’esprit des concertos évoqués dans ce billet, mais avec des sonorités et une approche différentes (en écoute sur Spotify et sur Qobuz, en vente sur Amazon.fr).

Concertos Pour Violoncelle Rv400, 401, 403, 408, 418, 420 & 424 – Han-Na Chang – Emi Classics

Le jolie violoncelliste chinoise nous offre 7 concertos pour violoncelles interprétés de la plus belle manière qui soit. La prise de son est très correcte dans l’ensemble et la performance de l’Orchestre de Chambre de Londres sous la direction de Christopher Warren-Green est exemplaire (en écoute sur Spotify, sur Qobuz, et en vente sur Amazon.fr).

Yo-yo & Ton Koopman – Vivaldi’s Cello – Sony Music

Pour découvrir une interprétation de haute tenue des concertos pour violoncelle, Yo-Yo Ma fait partie des artistes incontournables. Si la sélection n’est pas exhaustive, elle n’en est pas moins judicieuse. Un classique à posséder (en écoute sur Spotify et Qobuz, en vente sur Amazon.fr).

 

La Stravaganza – Rachel Podger – Channel Classics

Cette version des 12 concertos fit sensation lors de sa sortie en 2006, et fût considérée par beaucoup comme une nouvelle référence. Pour ma part, je reste plus nuancé, et continue à lui préférer la version du coffret par Simon Standage & Trevor Pinnock, mais c’est sans conteste une très jolie version éminemment différente dans l’approche. Plus mat et plus austère, ce disque trouve son publique (en écoute partielle sur Spotify, en vente sur Amazon.fr).

 

L’Edition Vivaldi chez Naïve

Enfin, comment ne pas évoquer le travail pharaonique effectué par le musicologue Alberto Basso chez Naïve ! Je cite la description sur le site du label :

« …[Il s’agit] de l’un des projets d’enregistrement les plus ambitieux du XXIe siècle. Son objet premier est d’enregistrer la vaste collection de manuscrits autographes vivaldiens conservée à la Bibliothèque Nationale de Turin, quelque 450 oeuvres en tout : un véritable trésor puisqu’il s’agit de la bibliothèque personnelle de Vivaldi, l’ensemble des partitions que celui-ci conservait chez lui au moment de sa mort, à Vienne, en 1741. Cet ensemble comprend ses opéras, des centaines de concertos, compositions sacrées et cantates. La majorité de ces oeuvres n’a pas été entendue depuis le XVIIIe siècle. »

Impossible de dresser le tableau complet des disques déjà publiés, mais en substance, je dirais que je suis très circonspect au regard du manque de régularité. Certaines réalisations sont excellentes, d’autres beaucoup moins, et si l’entreprise est louable, on ne peut s’empêcher de flairer une démarche un tantinet mercantile devant la précipitation dont semblent avoir souffert certaines productions. Il est néanmoins intéressant de fouiller, d’écouter, et de dénicher les trésors que recèle toutefois cette entreprise.

Un mot sur Fabio Biondi

Violoniste émérite et chef d’orchestre respecté, Fabio Biondi est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands spécialistes de Vivaldi. Il enregistre très régulièrement de nouvelles oeuvres du répertoire… un peu trop régulièrement diront même certains. Je n’adhère pas totalement à l’enthousiasme général, car si son talent est absolument indiscutable, la lecture qu’il nous livre est assez particulière. Les interprétations sont rapides, très (trop) enlevées à mon goût, et je préfère les versions plus posées, plus subtiles. Ceci étant dit, je vous encourage à vous forger votre propre opinion sur la question en écoutant par vous-même, par exemple « La Stravaganza » (sur Spotify, ou sur Qobuz).

Le mot de la fin

Vivaldi n’a pas composé que des concertos, mais aussi des oeuvres sacrées, chantées, des sonates, et une foultitude d’autres choses qui donneront lieu à d’autres billets si le sujet vous intéresse !

 

Il me reste à vous souhaiter une bonne écoute, et n’hésitez pas à venir échanger vos impressions, critiques, suggestions sur notre forum !

Merci à Paul pour la relecture & mise en qualité


A propos de l'auteur

L’éclectique de la bande. La gamme de ses écoutes s’étend du baroque le plus austère aux minauderies d’une Mélanie Laurent. Janséniste lubrique, Olivier est avant tout un passionné : véritable homme d’excès, il n’hésite pas à chérir ni à haïr le matériel qui passe entre ses mains. Il paraîtrait même qu’un jour, il a mangé un mug face aux évidentes carences de celui-ci.


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